« Les réseaux sociaux ont donné la parole à des légions d’imbéciles qui, auparavant, parlaient seulement au bar après un verre de vin, sans nuire à la collectivité. On les faisait taire immédiatement, alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. »

— Umberto Eco

Cette citation, brutale mais lucide, dresse un constat sans fard sur le revers de la démocratisation de la parole à l’ère numérique. Si Internet a permis à des millions de personnes de s’exprimer, de s’organiser, de dénoncer et de créer, il a aussi libéré un torrent d’opinions sans filtre, parfois sans fondement, et souvent sans responsabilité.

Le problème, ce n’est pas la liberté d’expression. Elle est vitale, non négociable. Le problème, c’est la disparition des médiations, des filtres, de l’exigence de vérité ou d’expertise. Aujourd’hui, le commentaire d’un inconnu sans sources peut avoir autant de portée que l’analyse d’un chercheur ou d’un journaliste de métier. Cela crée une confusion profonde entre opinion et information, entre croyance et savoir.

à force de mettre sur un pied d’égalité toutes les prises de parole, on décrédibilise les voix compétentes, on affaiblit la pensée critique, et on encourage la désinformation.

Vers une parole responsable

Alors que faire ? Certainement pas revenir en arrière, ni restreindre la liberté d’expression. Mais il est temps de réhabiliter la responsabilité individuelle dans l’usage de cette liberté. S’informer avant de partager. Vérifier avant de commenter. Se taire parfois, plutôt que de parler pour exister.

Nous avons besoin d’une éthique de la parole. D’un civisme numérique. D’une culture de la nuance.

C’est dans ce contexte que La Plume Grise s’engage : en valorisant la parole des aînés, des personnes invisibilisées, elle milite pour une parole utile, enracinée dans l’expérience, la transmission et la responsabilité. Loin du vacarme ambiant, elle défend un usage humain, inclusif et éthique du numérique, où chaque mot pèse, où chaque récit construit.

Parce que parler, c’est un droit. Mais écouter et transmettre, c’est un acte citoyen.

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