Depuis quelque jours, je prends le train. Souvent pour mes formations, parfois simplement pour m’échapper un peu et  hier, en attendant sur le quai parisien, j’ai observé la foule….Soixante-dix pour cent des visages étaient penchés sur leur téléphone comme si cet écran minuscule était devenu leur abri, leur refuge, leur seul lien au monde. Quelques rares adieux échappaient à la frénésie numérique des mains serrées, des regards amoureux, des familles qui se disaient « à bientôt  » avec des sourires un peu tristes.;Et puis il y avait les autres, ceux qui flottaient dans une sorte d’errance douce, le regard perdu dans le vide ou accroché à rien.

Moi, j’étais de ces quelques âmes qui regardent autour d’elles. Deux ou trois personnes seulement semblaient, comme moi, chercher quelque chose dans l’instant présent.

Lorsque je suis montée dans le train, je me suis demandé où m’asseoir du côté fenêtre ou du côté couloir ?  Instinctivement, tout le monde s’est dirigé vers la vitre. Le paysage, sans doute…alors j’ai choisi le couloir et tant mieux car cette place m’a offert un autre spectacle …… celui des gens.

Le train, c’est un monde étrange .Un monde qui roule, qui traverse des frontières invisibles, qui brasse des solitudes, des habitudes, des mystères. On y côtoie sans jamais se parler. On s’y frôle sans se connaître. Chacun y vit son voyage intérieur, même quand il ne va nulle part…il y a ceux qui lisent, plongés dans une page comme dans un puits et puis ceux qui dorment, en équilibre sur un rêve interrompu.

Il y a aussi ceux qui déplient leur journal comme un bouclier social mais le pire c’est cettemajorité, hypnotisée par l’écran, glissant d’un TikTok à une série, d’un message à une playlist…Une valse moderne entre distraction et fuite.

Et parmi tous ces gens, il y avait ce monsieur. Il m’a regardée… Longtemps… beaucoup trop longtemps. Un regard persistant, intrusif, presque nu. Je vous avoue que ça m’a mis très mal à l’aise.  Je faisais semblant de ne pas le voir mais son regard était une aiguille constante.

À la fin du trajet, il s’est levé, s’est approché de moi et m’a demandé mon numéro.

Je ne sais toujours pas s’il voyait une femme… ou simplement quelqu’un qui n’était pas absorbé par un écran.

Le train, ce jour-là, m’a laissée songeuse..parce qu’en définitive, ce monde sur rails dit beaucoup de nous, de notre époque, de ce qu’on regarde et de ce qu’on évite de voir.

© Zazoo

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