Avant dernière nuit
Mes valises sont prêtes, prêtes à décoller d’ici, à tourner une page et à écrire une nouvelle page de ma vie. Tant de temps et de souvenirs dans ces lieux m’habitent, me parlent, vivent encore. J’ai de la tristesse à quitter cette chambre qui a été une source de tranquillité, un refuge, un lieu de repos, de méditation, de prière, mais aussi un lieu de lutte contre les punaises de lit et un dégât des eaux. Bref, ce fut un lieu aux multiples usages dans lequel j’ai vécu une grande palette d’émotions. Perchée au 5eme étage, combien d’après-midi de printemps et d’été ai-je pu observer les corbeaux, écouter le bruit du vent, voir le Soleil se lever, les étoiles briller au firmament ? J’y ai rencontré quelqu’un avec qui j’ai fait un petit bout du chemin. Nombreuses sont les années, nombreux sont les printemps. J’ai découvert dans cet immeuble des gens plein de vie. Mes voisines S. et P., et tant d’autres que je ne connaissais pas bien mais que je saluais tous les jours avec joie.
Pourquoi il me fait si peur ce déménagement ? Je sais où je vais, je sais que je suis en sécurité, que j’ai les moyens de payer. Et pourtant, je me sens vulnérable dans ce lapse de temps, laissant la sécurité de mon logement pour entrer dans un lieu inconnu.
L’accumulation de tous ces sacs me renvoie au parcours des réfugiés dont je ne partage pourtant aucunement le destin. Tout tient dans une image : mes affaires entassées. Une vie rassemblée dans des sacs Carrefour, Denner, Action…J’ai la peur au ventre que ce rêve de liberté et de tranquillité se déchire comme un voile et parte, loin, très loin, trop beau pour être vrai.
14.11.2025 : Assise sur une chaise haute de la cuisine, je m’apprête à envoyer ce texte. J’ai de la gratitude en écrivant ces lignes car je reconnais la chance de vivre dans cet appartement, dans une immense tranquillité.
Laurence Hartmann





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